






“Faut pas jouer les riches quand on a pas le sous”.
D’abord il y a l’apéritif, puis l’amuse bouche, puis l’entrée, le plat principal, le fromage, la salade, le dessert, le thé et les gâteaux.
On parle bouffe, la bouche pleine.
La toute vieille qui à l’autorité, dominante sûre.
Le fils Rabat-joie, la fille, petite vierge à moustache.
Le vieux paralysé, qui cause pas.
On parle du temps, de la voisine qui s’envoie en l’air, même qu’il paraît que sous son manteau d’hiver, elle est nue.
Évidemment y a la santé du chien en sujet principal, a t-il bien dormi dans son nouveau panier ?
Son œil pleure, aurait-il un cancer ?
Et ça sent le désinfectant, la vaisselle dans le lave-vaisselle, la petite nappe, les masques africains (même si on a jamais été en Afrique) et les chaussons à l’entrée.
La rancune est présente, on soupçonne le père d’avoir eu une relation, d’avoir trop bu.
La sœur de la vieille a piqué le fric du grand-père et la dernière est morte.
Les études sont pour eux la réussite, c’est vrai qu’ils se sont arrêtés à 14/17 ans, à bosser dans des usines, la nuit et les betteraves qu’il fallait couper.
Les enfants ont joués du violon, de la clarinette, même qu’ils étaient doués..
Puis y a le grand, qui a pendant un temps, tabassé sa gosse, sa femme.
Séquestré sa petite, admirablement.
Pas de posters, un bureau, un lit, une chaise.
Des listes de tâches à faire : Ménage (impeccable), devoirs.
Pas de vacances. Pas d’amis à la maison. La télé en boucle.
La mère qui dit rien, approuve tout sans l’ouvrir.
Les questions incessantes :
“Que fait cette enveloppe dans ton cartable ?
- Je ne sais pas.
-Répond, dis la vérité ou je t’en colle une”
Baffe. Livres confisqués. Chaise brisée.
Oppression garantie.
Blank Generation.
La grande maigre qui dit rien, se contente de shoots médicamenteux.
Le reste, c’est de la branlette.
“Tu t’en vas ?
- Oui.
- Tu t’en vas comme ça ? Tu ne m’embrasses même pas ?
- Non. J’ai pas le temps.
- Ah ok, t’es comme ça toi ? Tu te tapes un mec puis tu te casses ?
- Exactement.
- T’es vraiment dégueulasse.
- Ça veut dire quoi dégueulasse ?”
“T’es encore défoncée, toi.
- Tu peux parler, t’as les yeux explosés.
- C’est la fatigue.
- C’est ça.”
Je crois qu’elle voulait juste être libre, au moins une fois dans sa vie.
Elle rêvait voyages, spleen, errance.




A lors d'une aube nouvelle, scintille le vent
Un voyageur ailé, pâle du mal souffert, dort.
Les feuilles d'Automne se terrent divinement
Et c'est dans ses bras d'acier que l'étranger est mort.
Le ciel larmoie, sa tristesse noie les passants,
D'une plaie languissante, un venin coule à flot.
Serait-ce le fruit de l'Humanité, hurlant ?
Et sa germe, une racine du berceau des sanglots ?
Et des bas fonds, pourrissants, geint une soif Liberté
Le chaos se mêlant à ses vives révoltes
Seule l'anarchie sublime l'idéal raté.
Des êtres stupides se pensent livides
Avides de lâcheté et pendus de rêves
Le rire débile, des vers grouillent leurs bides
Et c'est dans la terreur que bave leurs sève
Le bleu du sol se confond en un nid de glace
L'ère est au froid et au vent, le temps est à l'Hiver
Chaque flocon tombe tel une arme de guerre
Et le rose du ciel gifle doucement la terre
Un souffle sillonne les pâles avenues
Le peuple cri famine, enveloppé de nuées
Le visage essoufflé, vert et la nuque nue
Dans les rues de Paris, la mort coule sur les pavés.
Photographies by Anton Deneke.





Des rêves l'oppressaient chaque nuit.
La ville comme un gouffre noirâtre,
Où chaque être se reflète et luit
Seule dans le noir des trainées blanchâtres,
Dans la chambre nue, elle médite ses poèmes.
Un soleil de sang se levait à présent.
Entre la vie et le crépuscule, d'un pâle élan..
Sur les routes, abreuvée de Bohème
Dans l'ombre des couloirs, aux tissus moisis,
Se cache - Oh doux hasard ! - une Liberté ravie
Elle, se voulant moderne, car le poète l'est
Écrivant ses déboires et certains de ses faits
Songeant aux éternelles visions
Que l'homme nomme Nations,
Abreuvée de souffrance
Et d'hymnes de croyance
C'est un Peuple tout entier,
Qu'elle regarde crever
Sous l'œil avide des Privilégiés
Qui oh jamais ne partageront leurs mets!
A bout de souffle - Jean-Luc Godard.